Les Îles aux Princes : maisons en bois, héritage grec et arménien
Sur les Îles aux Princes, les demeures en bois du 19e siècle racontent l'histoire des familles grecques et arméniennes qui les ont fait construire.
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Les Îles aux Princes ne se résument pas à une sortie sans voiture au large d’Istanbul : leurs grandes demeures en bois du 19e siècle sont l’œuvre de familles grecques et arméniennes fortunées, et c’est cette histoire communautaire qui donne son sens à l’architecture qu’on y voit encore. La plupart des visites s’arrêtent à l’anecdote des calèches et de l’absence de voitures ; l’architecture elle-même, quand on sait la lire, raconte une tout autre histoire.
Trois îles, une même logique architecturale
Büyükada, Heybeliada et Kınalıada, les principales îles de l’archipel, partagent une caractéristique commune : de grandes résidences en bois, souvent à deux ou trois étages, construites comme résidences d’été à partir du 19e siècle. Cette architecture ne doit rien au style ottoman monumental des grandes mosquées d’Istanbul — elle appartient à une tradition bourgeoise, cosmopolite, tournée vers le confort estival plutôt que vers le pouvoir impérial.
Les balcons ouvragés, les avant-toits sculptés et les jardins clos qui accompagnent souvent ces maisons rappellent davantage certaines villes balnéaires de la mer Égée ou de la mer Noire que le centre historique d’Istanbul. C’est un style à part entière, parfois qualifié d’« architecture des îles », qui n’a jamais vraiment trouvé d’équivalent direct ailleurs dans la ville.
Qui a fait construire ces maisons
Ces demeures sont pour beaucoup l’œuvre de familles grecques et arméniennes de Constantinople, enrichies par le commerce et la banque à la fin de l’époque ottomane, qui y passaient la saison chaude loin de la chaleur du centre-ville. Le choix du bois, plutôt que de la pierre, répondait à des considérations pratiques de l’époque autant qu’à une esthétique propre à l’architecture de villégiature méditerranéenne et pontique de cette période.
Des familles levantines, d’origine européenne installées de longue date à Constantinople, ont elles aussi contribué à ce paysage architectural, aux côtés des grandes familles grecques et arméniennes. L’archipel formait ainsi, à la fin du 19e siècle, une sorte de microcosme cosmopolite de la capitale ottomane, transposé sur quelques îles au large plutôt que dans les quartiers du continent.
Büyükada et le monastère au sommet de la colline
La plus grande des îles, Büyükada, concentre la plus forte densité de ces demeures, en particulier sur ses hauteurs et le long de ses rues résidentielles à l’écart du port. Un monastère orthodoxe, dédié à Saint-Georges, occupe le sommet d’une des collines de l’île et reste un lieu de pèlerinage actif, notamment lors de sa fête annuelle qui continue d’attirer des visiteurs venus d’Istanbul et d’ailleurs.
Heybeliada et l’école de théologie
Sur Heybeliada, la seconde île par la taille, se trouve l’ancienne école de théologie orthodoxe grecque de Halki, fermée depuis 1971 mais dont les bâtiments restent debout sur la colline qui domine l’île. Ce lieu, encore aujourd’hui au centre de discussions diplomatiques entre la Grèce et la Turquie sur sa possible réouverture, illustre à quel point l’héritage grec de l’archipel dépasse la simple question architecturale.
Se déplacer sans moteur
La circulation automobile reste interdite sur la plupart des îles, ce qui a longtemps signifié des calèches tirées par des chevaux comme seul mode de transport motorisé alternatif à la marche ou au vélo ; des véhicules électriques les remplacent désormais en grande partie. Cette absence de bruit de moteur explique en partie pourquoi les façades en bois se sont aussi bien conservées : moins de vibrations, moins de pollution, un entretien plus simple sur la durée.
Le vélo reste une autre option courante pour explorer les rues résidentielles, en particulier sur Büyükada où les distances entre le port et les quartiers hauts peuvent décourager une marche complète sous la chaleur de l’été. C’est aussi la meilleure façon de repérer, rue après rue, les détails architecturaux qui distinguent une maison de la suivante.
Les îles, en un coup d’œil
| Île | Ce qui domine | Héritage principal |
|---|---|---|
| Büyükada | Grandes demeures, collines résidentielles | Communauté grecque, monastère Saint-Georges |
| Heybeliada | École de théologie, quartiers plus calmes | Héritage grec orthodoxe |
| Kınalıada | Demeures plus modestes, ambiance familiale | Communauté arménienne historique |
Ce que l’architecture raconte au-delà du décor
Voir ces maisons uniquement comme un décor pittoresque manque l’essentiel : chacune correspond à une famille, une communauté, une part de l’histoire cosmopolite de Constantinople avant les grands bouleversements démographiques du 20e siècle qui ont profondément réduit la présence grecque et arménienne dans la ville. Beaucoup de ces demeures restent aujourd’hui habitées ou entretenues par des descendants, d’autres ont changé de mains plusieurs fois sans perdre leur structure d’origine.
Avant de partir
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Pour prolonger la découverte du patrimoine du Bosphore, voir aussi le billet sur les maisons en bois du Bosphore, qui suit une logique architecturale voisine sur une autre rive.
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